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Extrait :
"Livides sculptures"
(nouvelle) :
Je ne la retrouvai
que deux ans plus tard. Elle avait beaucoup changé.
Sous les boucles
flavescentes de sa chevelure, sous ses cils d’ange et ses moues
d’enfant, se dissimulait désormais une créature perfide. Les rôles
qu’elle choisissait reflétaient d’ailleurs parfaitement cette métamorphose,
cette corruption intérieure. L’innocente Agnès avait depuis longtemps
disparu, laissant place à l’insolente Célimène et à la perfide
Hermione.
Je lui fis livrer
d’autres fleurs. D’opalescentes orchidées dont le cœur, gangrené de
pourpre et de noir, figurait un avertissement pour celle dont le prénom
menaçait d’être souillé par une vie dissolue. Elle ne sut lire en la
laideur du pistil ma mise en garde. Accepta, comble de l’infamie,
d’incarner Lulu dans la pièce de Wedekind, mettant son corps au service
de la lubricité, de la décadence !
C’est alors que
je décidai de mettre un terme à sa déchéance, de préserver à jamais
la blancheur de Blanche.
Au même moment,
se sentant menacée, comme un animal qui flaire instinctivement le danger,
elle vous engagea pour la protéger.
Vous avez échoué.
Un baiser. Un seul
baiser, vous étiez épris ! J’ai tout vu, j’ai tout compris –
et il m’a suffi d’un petit mot glissé dans votre poche pour vous piéger.
Un rendez-vous
sous un pont. Vous, plein d’espoir, une rose écarlate à la main. Moi,
discret, rapide. Un coup derrière la nuque. Une pierre autour du cou. Les
eaux sombres de la Seine engloutissant à jamais votre dépouille.
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